La nouvelle réac (Technikart)

Publié le par Alexandre Lazerges

L'autre jour, notre journaliste Alexandre Lazerges s'endort paisiblement devant l'émission Complément d'Enquête consacrée aux enfants des rues lorsqu'il est réveillé par les propos ultra-réactionnaires de l'ancienne ministre socialiste Ségolène Royale. Récit.

« Complément d'enquête » est une émission de télévision, présentée par Benoît Duquesne qui prétend « approfondir un thème de société en le déclinant sous tous ses angles ». C'est une émission sérieuse, réalisée par des journalistes diplômés. La preuve : Benoît Duquesne à fait L' Ecole de Journalisme de Lille après sa licence de droit. Il a fait ses preuves comme journaliste en tant que correspondant à Londres puis comme grand reporter et même comme remplaçant au 20H00, sur France 2. Il a été aussi chef de service (France et Infos Générales) sur France 2 toujours, avant de travailler sur TF1 et sur Europe 1. Bref c'est le gendre idéal, brillant, discret très propre sur lui avec ses lunettes à la Jospin et son ton de voix monocorde. Alors on se dit « tiens, le service public va faire son boulot, on va prendre une belle leçon de journalisme et de rigueur ».

Alors le magazine commence, tin tin tin c'est Complément d'enquête, tin tin tin. CE SOIR LES ENFANTS DES RUES EN FRANCE, tin tin tin. D'abord on voit un reportage sur une bande de Roumains. Nous on les aime bien les Roumains parce qu'il attaquent les parcmètres et qu'après on peut se garer gratos dans la rue. Mais les Journalistes n'ont pas vu les Roumains sous cet angle, dommage. On voit cette petit bande de mecs mineurs qui vivent à la dure dans un squat non chauffé. Après le reportage, Benoît Duquesne invite une responsable d'association dans le squat. Il a ramené les deux fauteuils club rouges en vis à vis qui font sérieux pour faire l'interview d'une personne compétente sur le sujet. C'est Marie-Claire Vallo qui est assise en face de lui, dirige une association d'accueil aux mineurs. Elle explique la misère avec des mots simples : les parents des pays pauvres préfèrent envoyer leurs enfants en France parce qu'ils s'imaginent qu'ils seront mieux traités que chez eux et qu'ils ont plus de chances de s'en sortir, c'est tellement la misère chez eux que ça ne peut être que mieux en France. Elle nous rappelle aussi que les enfants mineurs ne sont pas expulsables du territoire Français depuis l'ordonnance de 1945. Et ce, même s'il se sont introduits en France via des réseaux de passeurs esclavagistes. L'État a pour obligation de les prendre en charge.

Au péril de sa vie

On en reste là parce que visiblement ça ne plaît à Benoît Duquesne de continuer à discuter avec cette gentille dame dans ce squat pourri même s'il y a le car régie de France 2 dans la rue adjacente, malgré les projos qui donnent un peu de chaleur à la pièce lugubre et toute l'équipe de cadreurs, d'assistants et de déménageurs de fauteuils club rouges qui ne nous feront jamais croire qu'il a bravé seul les éléments pour faire cette interview au péril de sa vie. Bref il lance le reportage suivant sur les mineurs délinquants, tin tin tin. On se retrouve avec un jeune prostitué roumain de 17 ans et une petite roumaine de 11 ans accusée de vol à la tire dans un grand magasin. Ni l'une ni l'autre n'ont envie de se retrouver au commissariat. On les comprend. Retour en plateau. Bruno interviewe la chef de la brigade des mineurs puis son fauteuil club migre jusqu'au palais des justice. Puis s'en suit un reportage sur les foyers d'accueil. Là, pour le coup, c'est un reportage assez dur sur les conditions d'accueil des enfants isolés. On voit bien que les animateurs, les directeurs de centres d'hébergement font leur maximum. Il sont souvent navrés de ne pouvoir recevoir plus d'enfants. Comme il n'ont pas assez de places, ils sont obligés de faire des expertise osseuses des mômes pour être sûr qu'ils ont moins de 18 ans. Au delà de cet âge critique, les foyers n'ont pas le droit de les prendre en charge. Ce sont alors les associations d'accueil pour étrangers qui doivent trouver un petite chambre d'hôtel et de quoi nourrir ces enfants, sur leur maigre ligne budgétaire. Le reportage se termine par le constat qu'il n'y a pas assez de foyers pour mineurs et un cruel manque de moyen.

Lutter contre le trafic d'enfants

On retrouve alors Benoît Duquesne et sa tête d'enterrement dans le foyer Saint Vincent de Paul. Il est assis sur son éternel fauteuil club Rouge, avec, face à lui, Ségolène Royal, ex-ministre Ministre délégué à la famille et à l'enfance de 2000 à 2002 après avoir été 3 ans ministre délégué à l'enseignement scolaire. « Madame la ministre (le titre reste même quand on s'est fait salement balourder aux élections), il y a un écart entre les moyens proposés et la demande des mineurs en difficulté, qu'en pensez-vous ? » demande benoîtement Duquesne. « Oui, réponds la ministre, il y a un écart, donc il faut agir en amont pour qu'il y ait moins d'enfants qui arrivent sur le territoire français, lutter contre les trafics, ce qui m'a amené à interdire la prostitution des mineurs pour tarir les sources de profit du trafic d'enfant ». Ah ouais, en gros, ça veut dire : les gars, démerdez-vous, récupérez vos chiards, nous on a déjà assez d'ennuis comme ça. Elle poursuit : « Il faut organiser leur retour et créer les structures d'accueil dans leur pays d'origine, plutôt que sur notre territoire parce que hélas on sait ce qui se passe : plus les structures d'accueil sont favorables, plus les trafiquants pourront faire passer des enfants en France en expliquant aux parents que les conditions de vie y sont meilleures. » Si, si je vous jure, j'ai réécouté la bande deux fois pour être certain qu'elle avait bien dit cette énormité. Ça veut dire : c'est pas parce que chez nous c'est bien et que chez vous c'est pas bien, qu'on va vous aider.

Snuff-movies

Se souvenant soudain qu'il est journaliste, Duquesne se reprend, en posant une question à laquelle la ministre vient déjà de répondre : « Faut-il organiser leur avenir ici ou s'appliquer à les faire retourner chez eux ? ». Elle répond : « Si les familles savaient comment sont traités leurs enfants avec la prostitution et la délinquance, nul doute que les parents s'opposeraient à leur départ. Il faut donc de l'information au départ par le visionnages de cassettes dans les rues ». En gros, leur diffuser des snuff-movies. Et la ségolène d'ajouter, royale : « Tout l'enjeu est d'assurer la coopération de la politique familiale. Ça coûterait moins cher à la France de financer des centres d'accueil dans les pays d'origine. En plus, il seront chez eux, alors ils se comprennent mieux. Il faut savoir qu'une journée en France coûte 1000 Francs, soit 4 fois plus cher que dans leur pays d'origine ». Bah voyons, on n'a qu'à revenir sur le coût de la main d'œuvre en France pendant qu'on y est, et pourquoi pas sur le coût des charges sociales. Ségolène a donc tenu un discours ultra libéral, ni vu ni connu. Quand on pense que c'est son mari qui dirige le parti SOCIALISTE, l'ex-ministre déléguée, partisan de la re-localisation de la misère, nous fout la gerbe.

Véritable leçon de journalisme

Mais le film d'horreur n'est pas tout à fait terminé : lorsque Benoît Duquesne souligne que, d'après l'ordonnance de 1945, on ne peut pas renvoyer un enfant contre son gré dans son pays d'origine, Ségolène lui répond du tac au tac que « l'amélioration des conditions de retour permettrait justement de débloquer cet obstacle juridique ». Il y aurait une continuité de la prise en charge, pour leur apprendre un métier et les retirer de la délinquance, bref conclue-t-elle : « il faut être plus directifs avec ces enfant ». Et voilà, Duquesne est content de cette conclusion et il lance le reportage suivant sur un foyer d'enfant au Maroc. C'en est trop. On s'attendait à une leçon de journalisme, par de vrais professionnels de la télé, et on s'est retrouvé devant à une carpette qui sert la soupe à un monstre en serre tête. Les propos de Ségolène sont, à proprement parler, scandaleux. D'abord parce que la France est par définition un pays d'accueil et un pays multiracial (rappeler vous l'équipe de foot du mondial) et ensuite parce que la gauche a pour devoir de se battre pour ces valeurs humanistes. En étant cynique, on peut admettre que la gauche au pouvoir doive se montrer un peu ferme, mais pas la gauche dans l'opposition… Ça aurait été justement l'occasion de remettre les pendules à l'heure, de donner des idées nouvelles, de faire rêver et de faire comprendre qu'il va falloir accepter un jour l'immigration, ne serait-ce que pour payer les retraites de ces vieux cons de politicards. Restons Zen, on savait déjà que la Ségolène n'était pas tendre, on sait maintenant qu'elle est vraiment réac. 

Alexandre Lazerges

Publié dans Et dans la presse

Commenter cet article

BARRET JP 17/02/2007 22:16

Même si je partage ce qui se dit sur ce blog, Que nous reste-il? Sarko ? Le Pen ?
Entre deux maux , il faut choisir le moindre