Ségolène, la maman de fer (Libération)

Publié le par Mathieu Lindon

L'annonce de la candidature de Ségolène Royal à la candidature présidentielle du PS a provoqué des réactions taxées de misogynes. La présidente de Charente-Poitou en a pris pour son quota. La boutade de Laurent Fabius («mais qui va garder les enfants ?») ne semble pourtant pas relever de sexisme. Il ne faudrait pas que ce soit pour les femmes comme pour les juifs qui trouvent que l'antisionisme est forcément un antisémitisme (et qui sait si l'antisémitisme n'a pas sa part dans la difficulté mille fois évoquée de Laurent Fabius à se faire aimer, à être franchement populaire ?). Quand Simone Veil était une candidate possible à la présidentielle, on ne venait pas la chercher sur ses enfants. Martine Aubry, si elle se décidait, ne s'exposerait sans doute pas non plus à ce genre de remarque. On dit «Ségolène» mais pas «Martine» ou «Simone». Elle a fait de sa féminité son arme politique, de sa maternité tout son programme : ce serait un peu fort qu'il n'y ait qu'elle qui ait le droit d'en parler.



Elle est la maman de fer du paysage électoral. Elle a accouché dans Paris Match et a gagné sa réputation en luttant contre la violence à la télévision, qui traumatise ses chères têtes blondes, et contre le port du string à l'école, comme si toutes celles qui le portaient étaient des putes. Si elle était à la place de Nicolas Sarkozy, les clients de prostituées seraient au tribunal. C'est une vraie jospiniste qui trouve sûrement (elle n'a pas de préjugés) que les homosexuels sont très doués pour les arts et pleins de goût et d'humour ­ mais, si on leur donne le droit au mariage, c'est la France tout entière qui s'écroulera. On peut lui parler de garde d'enfants puisque son ambition idéologique semble être de garder les enfants, tous les enfants, pas seulement les siens. Elle serait plus à sa place comme pape ou papesse que comme présidente d'une République contemporaine. Elle apparaît comme la Christine Boutin du PS, la défenseuse des valeurs les plus traditionnelles que certains, à tort ou à raison, assimilent à un pétainisme moderne. Ce n'est pas la même chose d'être misogyne et d'être antipétainiste.

Si Ségolène Royal était en définitive désignée par le PS, elle n'aurait, au contraire de Jean-Marie Le Pen, aucun mal à dégoter les signatures de cinq cents mères pour promouvoir sa candidature. Mais, en 2002, il n'y a eu aucun représentant de la gauche au deuxième tour. Il ne faudrait pas qu'en 2007 il n'y ait même pas de candidat de gauche au premier tour. En plus, si elle n'était pas élue, elle serait la première à dénoncer une femme battue de plus. Si elle devenait présidente, en revanche, on appellerait l'Elysée la grande garderie. La fête des Mères serait chômée (ou ce serait fête des Mères tous les jours). Les collégiens devraient lever leur jupe ou baisser leur pantalon avant d'entrer en classe pour qu'on soit sûr qu'ils n'ont pas de string ­ il faudrait montrer culotte blanche pour avoir accès aux cours. Les misogynes ne pourraient pas se moquer de François Hollande en prétendant qu'il est le premier «Premier concubin» de l'histoire de France, vu que ça a déjà dû se voir sous Henri III. Dans cette famille éclatée entre la Corrèze, le Poitou et Paris, il y aurait un heureux regroupement familial à l'Elysée et l'ordre moral de la petite mère du peuple régnerait sur nous tous.

Mathieu Lindon

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