"Ségolène Royal est combative pour deux" (Métro)

Publié le par Jérôme Vermelin

Interview
Daniel Bernard, journaliste à Marianne , signe Madame Royal (*), un portrait pétillant de la présidente de la Région Poitou-Charentes. 27/09/2005



Que vous inspirent les propos déplacés de certains socialistes à l'encontre de Ségolène Royal et de ses ambitions présidentielles ?

Si les éléphants socialistes réagissent avec une agressivité stupéfiante, ce n'est pas seulement parce que le reportage de Paris Match la montre avec sa fille en train de jouer au badminton ! C'est que sa popularité témoigne de leurs propres lacunes. Trois ans après le séisme du 21 avril, aucun d'eux n'a imposé son leadership face à Nicolas Sarkozy. La gauche apparaît encore convalescente, sans idée et sans punch. Ségolène Royal, elle, est combative pour deux. Et elle n'est pas enfermée dans les querelles de boutiques socialisto-socialistes. Même si elle a fait l'impasse sur le taux de TVA et reste discrète sur sa vision de l'Europe, elle parle aux Français et les Français l'écoutent. Nul ne lui reproche, à elle, d'être énarque et de faire de la politique depuis plus de vingt ans ! Dans ces réactions, le machisme est second, même s'il est évidemment perceptible.



L'hypothèse de sa candidature est-elle due à un bon timing dans l'opinion ou à sa personnalité propre ?

Il faut être aveugle et sourd pour ignorer l'envie de neuf qui anime aujourd'hui les Français, de gauche comme de droite. Or ce désir violent ne trouve pas d'incarnation, si ce n'est aux extrêmes. A défaut d'un programme de rupture ou d'un discours innovant, les Français se raccrochent à la candidature d'une femme comme à une bouée de sauvetage. Au-delà, ses combats contre la pédophilie ou la violence à la télévision, mais aussi sa méfiance à l'égard des forces du marché la situent dans une tradition de gauche antilibertaire et anti-ibérale. Or, les Français veulent des repères.



N'a-t-elle pas quand même l'image d'une bourgeoise de gauche ?

Percevant, comme son compagnon, des indemnités de cumularde, elle mène une existence bourgeoise. Mais son enfance dans un village des Vosges, ainsi que son ancrage dans les Deux-Sèvres, font d'elle une élue en prise avec une France rurale qui n'apparaît guère à la télévision. En fait, elle est plus marquée par son éducation chrétienne, qui imprègne son socialisme, que par la fréquentation des grandes fortunes du CAC 40. Contrairement à certaines éminences du PS, y compris François Hollande parfois, elle n'a jamais théorisé l'impuissance de l'Etat. Il y a quelques années, elle a même suggéré de plafonner les salaires et fixé la barre à 50 000 francs !


Est-elle progressiste sur les questions de société ?

Elle est conservatrice, mais moins caricaturale que veut le croire la gauche issue de Mai 68. Si elle s'est opposée au mariage gay, elle a plaidé en tant que ministre de la Famille et de l'Enfance pour la reconnaissance "des" familles, y compris celles qui sont composées de parents homosexuels. Elle considère qu'il n'est pas dans le rôle du politique de porter atteinte à une institution comme le mariage. Mais cela ne l'empêche pas de s'en abstraire puisqu'elle n'est pas mariée avec le père de ses quatre enfants.

Justement, comment décririez-vous le couple Royal / Hollande ?

Le plus remarquable c'est leur absolue différence. Il est ouvert, drôle, et joue collectif, au risque de s'engluer dans les affaires partisanes. Elle est méfiante, implacable avec ses collaborateurs et joue tellement perso qu'elle s'est souvent présentée aux élections en dissimulant son étiquette socialiste.

Propos recueillis par Jérôme Vermelin


(*) Madame Royal de Daniel Bernard Editions Jacob Duvernet. 215 pages, 20,95 euros.

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