Darcos, le string et Ségolène (Marianne)

Publié le par Christian Laborde

Que les dessous prennent le dessus, et voici l’Educastration nationale sens dessus-dessous ? Qui donc est horrifié ? Le bien coiffé Ferry ? Que nenni ! Son épouse qui loge au ministère ? Nullement ! Marie-Caroline ne rêve en effet que de traverser nue, la nuit, un super-marché, Leclerc de préférence ! Elle risque de croiser Annie Ernaux, la Cosette de Cergy-Pontoise : « Chez Leclerc, dans le rayon légumes, odeur puissante d’eau de Javel qui chavire, comme du sperme. » Non, l’horrifié de service, c’est le très pâle ministron Xavier Darcos lequel, il y a peu, par amour des livres, renonçait à faire paraître le sien.

Sur le string, et sur LCI, Xavier Darcos est formel : « Il est normal que l’on demande aux jeunes filles lorsqu’elles commencent à être désirables de faire en sorte qu’elles ne provoquent personne ». « Personne », on l’a compris, est l’autre nom de Darcos. Pour Xavier Darcos, le problème n’est pas tant la ficelle que le désir. Qu’une jeune fille non désirable en porte une, et le ministre reste de marbre ! Mais qu’une Lolita laisse dépasser par mégarde l’élastique de sa Dim, et voici le ministron périgourdin « provoqué », retourné, tourneboulé, espataroufé, escartaroulagué. Au fond, s’agissant du slip, Darcos n’est pas loin de penser : « Le string, oui, mais pour les « thons » ! Pour les « canons », l’ample caleçon ! » ?

Si le père La Pudeur est à droite, la mère La Pudeur est à gauche, se nomme Royal, et se prénomme Ségolène. Pasionaria du Chabichou, Ségolène Royal fait d’une affiche tout un fromage. Observons l’objet : des filles en string Sloggy dont les fesses crèvent l’écran. La ficelle n’étant pas assez grosse, Ségolène souhaite voir ce type d’affiches disparaître des abribus devant lesquels les automobilistes « provoqués » lèvent le pied.

 

Ce qui est plutôt bien, pense Gilles de Robien, ministre des transports et de notre sécurité : « Plus fort que le radar : la raie! » Mais Ségolène ne l’entend pas de cette oreille, parle d’ « atteinte à la dignité de la femme » et conclut : « Comment s’étonner après semblables campagnes des violences faites aux femmes ! » Ségolène Royal aura mal supporté la canicule. Son raisonnement « féministe » est en effet celui que les avocats des violeurs tenaient à l’audience dans les années soixante. La victime ne portait-elle pas au moment des faits une jupe plus que courte ? Par ses poses et sa tenue, n’a-elle pas « provoqué » son agresseur ? Ségolène Royal, c’est le PS courant Philippe De Villiers, la pensée rouillée, des toiles d’araignée dans la tête. Scandaleuse, l’affiche Sloggy ? Non, citoyenne ! En ces temps de crise et de croissance zéro, n’invite-t-elle pas les femmes à se contenter du…string minimum ?


Revenons à Xavier Darcos ! Non seulement, il veut bouter le string hors de France, mais il entend rétablir l’uniforme, comme au bon vieux temps quand le professeur trônait sur son estrade et que l’on entendait les mouches voler. Aujourd’hui le zonzon des mouches – le mot est de Boris Vian ! -, est, en classe, couvert par le bruit des marteaux-piqueurs, les sirènes des voitures de police, le rugissement des moteurs de camions, le cri du sans-papiers le soir au fond du charter. Xavier Darcos ne voudrait pas qu’on le prît pour un « passéiste » .

 

Aussi propose-t-il , en guise d’uniforme, non une blouse noire avec galoches et béret, mais un simple Tshirt. Un Tshirt dont la couleur changerait selon les classes. Un Tshirt toujours frappé d’un slogan invitant au respect, au travail, au silence, bref, un Tshirt top tendance, branchouille à mort. Dans les cours des bahuts, les lycéens ricanent et, sur Skyrock, Canal habituel, proposent à Xavier Darcos les premiers slogans : « Les mathématiques me foutent la trique ! » , « Le Français déchire la raie ! ». Traditionalistes gamins qui pratiquent l’humour potachique comme jadis leurs glorieux aînés.


Plus de string, plus de piercing, plus de Dock Martens – ces pompes que le Pape porte ! -, plus de jean taille basse, plus de débardeur, plus de cheveux teints en vert, plus de vêtements extravagants : dans l’école laïque et républicaine, seul le voile islamique est autorisé. Xavier Darcos, lui, vient de coiffer le bonnet d’âne !

Christian Laborde
son site :
http://www.christianlaborde.com

Publié dans Et dans la presse

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C Chartreux 18/02/2006 23:17

Je vous savais excellent écrivain

Je ne vous savais pas aussi piètre polémiste

Ségolène Royal a de très beaux jours devant elle

Chris