Ségolène Royal entre les lignes (Libération)

Publié le par Didier Hassoux et Paul Quinio

Favorite des sondages pour 2007, la députée PS se montre mais parle peu. Décryptage de ses prises de position.

Elle a choisi le silence. Ségolène Royal, candidate socialiste préférée des Français dans les sondages, reste obstinément discrète. Nourrie au plus près de la Mitterrandie, la députée des Deux-Sèvres veut croire qu'en se faisant rare elle suscite le désir. Cette tactique a un inconvénient : personne ne sait vraiment ce qu'elle pense. Pour tenter d'en savoir plus, Libération a sélectionné quelques-unes de ses déclarations publiques. Et, surtout, s'est procuré les propositions qu'elle vient de formuler, depuis janvier, lors des réunions à huis clos de la commission nationale du projet. Petit Royal illustré.

 Emploi, chômage

 

«Je suis favorable à la création de grands chantiers nationaux, qui permettraient de recruter pour l'entretien de bâtiments, de rivières, pour des replantations, pour des chantiers d'énergie renouvelable et pour tous les métiers de service» (10 novembre 2005).

Dans ce domaine, Ségolène Royal ne sort pas des déclarations d'intention. Parfois, elle adopte des accents de Jacques Delors ­ un des mentors de son compagnon, François Hollande ­ pour suggérer la création de «grands travaux» à l'échelle hexagonale.

 

Economie, fiscalité

«Il faudrait de la transparence sur la totalité des prélèvements et simplifier le système en fusionnant l'impôt sur le revenu et la contribution sociale généralisée. Il reste à conduire une réforme de la taxe d'habitation en la rendant proportionnelle aux revenus. Il faudrait rendre l'impôt plus juste et économiquement plus efficace en allégeant la charge pesant sur les revenus du travail pour la transférer sur le capital et la valeur ajoutée» (15 septembre 2005). «Il faut lutter contre les gaspillages, car les Français ne comprennent l'impôt qu'à travers l'utilisation concrète des dépenses [...], et s'engager résolument vers la notion de budget participatif» (commission nationale du projet, le 1er février 2006).

Elle se fait doctrinaire en ressortant le catéchisme socialiste sur l'impôt, qui figure dans la synthèse adoptée au congrès du Mans. Des propos que pourrait faire siens Henri Emmanuelli, par exemple.

Europe

«Si le non l'emporte, on sait ce qui se passera : l'Europe continuera sans nous. La France sera diminuée, appauvrie, méprisée [...] Il est trop tôt pour penser à un nouvel élargissement. Mais ne pas tendre la main à la Turquie serait une grave erreur. Il faudrait donc créer un système de pays associés» (5 octobre 2004).

Encore un entre-deux. Fidèle à la ligne de son parti sur le traité constitutionnel européen, elle est quasi fabiusienne sur la question de la Turquie. Mais si Fabius est hostile à l'adhésion d'Ankara, c'est tout le PS qui verse aujourd'hui dans une prudente ambiguïté qui convient à Ségolène Royal.

Banlieues

«Il faut rétablir l'autorité parentale [...] et rétablir une sorte de service national, au moins pour six mois. Sa suppression a été une grave erreur. C'était le seul endroit où des jeunes qui n'avaient pas été cadrés avaient une chance de l'être» (10 novembre 2005).

Royal s'est peu exprimée durant les émeutes des banlieues, en novembre. Lorsqu'elle l'a fait, c'est à la fois pour fustiger «l'échec» de Sarkozy en matière de police et réclamer davantage de social. Un équilibre 100 % PS. Sa proposition de «service national» est largement partagée à droite comme à gauche.

Famille

«Ce débat [sur l'homoparentalité] a pris une place disproportionnée par rapport aux préoccupations des Français. [...] C'est une question très complexe. On doit céder la parole à ceux qui connaissent, qui ont travaillé sur la filiation. Il faut prendre le temps de réfléchir» (16 mai 2005).

Famille rime avec «tradi». Contrairement à DSK, Jack Lang ou... François Hollande, elle n'est pas partisane de l'adoption par des couples homosexuels. Et est, comme Jospin, opposée au mariage homosexuel.

Education

« Il faut passer un pacte avec les organisations syndicales d'enseignants, qui porterait en particulier sur le changement de méthode de travail. Face au scepticisme des Français sur le concept d'égalité des chances [...], notre système scolaire [...] doit apprendre à faire autant que possible du "sur mesure". Il faut aussi faire entrer les parents à l'école. Une évolution du rôle et du métier des enseignants est nécessaire. Ceux-ci ne peuvent plus se contenter de transmettre du ou des savoirs : il leur incombe aussi un rôle d'animateur, de dialogue avec les enfants et les parents. [...] L'extension de la durée hebdomadaire de présence des enseignants dans les établissements scolaires [...] serait une des contreparties d'une plus grande liberté pédagogique. [...] L'emploi du temps des élèves et les rythmes scolaires doivent être totalement revus : la séquence d'une heure de cours ne semble plus vraiment adaptée» (commission nationale du projet, le 18 janvier 2006).

A l'école comme ailleurs, le «royalisme» rime avec pragmatisme. Mais Ségolène Royal ne craint pas de lever un tabou : le temps de travail des enseignants. En prônant «un pacte» avec les syndicats, elle s'attaque à une montagne que ni Lionel Jospin (en 1989), ni Claude Allègre (en 1997) n'ont réussi à gravir.

Institutions

«Mitterrand a pensé que la pratique l'emporterait sur les textes [...]. Le quinquennat a modifié la donne [les rapports Président-Premier ministre]. Mais faut-il changer les textes ? Rien n'empêche le Président d'être en première ligne. Il y a bien un Conseil des ministres chaque semaine ! Je crois que la question posée relève autant d'une réforme constitutionnelle que de la façon d'exercer le pouvoir» (27 août 2004).

La Ve République plutôt que la VIe. Debré plutôt que Montebourg. Comme le président UMP de l'Assemblée nationale, elle estime que la Constitution de 1958 est suffisamment souple pour être appliquée dans toutes les circonstances. Contrairement à Hollande, qui suggère que le candidat PS s'engage sur une réforme via un référendum suivant son élection.

Publié dans Et dans la presse

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Michel RENDU 25/08/2006 18:34

La nuit des « seconds couteaux »

La France est devenue une collectivité territoriale comme les autres, une sorte d’arrondissement.
Les préparatifs des élections présidentielles s’y déroulent désormais avec cette absence de fièvre, avec ce sentiment de routine électorale propre aux élections de seconde importance où il s’agit de renouveler une équipe de notables locaux dépourvus d’envergure. Les enjeux politiques de cette élection ? Bof ! A partir du moment où il est acquis que nous assisterons à un nouveau triomphe posthume du MRP, à l’éternel retour de Jean Lecanuet, à quoi bon se mettre en peine d’un peu d’enthousiasme ou d’un quelconque volontarisme. Il suffit de « laisser pisser le mérinos », oh pardon ! de laisser libre cours à son « désir d’avenir ». Manifester en toute circonstance son désir d’avenir, prêcher à autrui en toute occasion cette espérance dévitalisée, c’est une façon emberlificotée de réhabiliter un vieux fond de fatalisme populaire. Le « désir d’avenir » qu’est-ce d’autre que cette attitude immémoriale qui consiste à « attendre pour voir », plus exactement « à attendre que ça se passe » ? Désirer que l’avenir advienne, voilà qui n’expose pas trop aux désillusions, car s’il y a quelque chose qui finit toujours par arriver, c’est bien ça. N’en déplaise aux néo-punks et aux désabusés de tout poil, il y a toujours un « future », et c’est bien là le problème. Et c’est bien cela qui nous contraint à nous intéresser, un peu malgré nous parfois, à la politique.

Les ralliements à Madame Ségolène Royal ont quelque chose de grotesque. Tous les cancres veulent absolument faire croire qu’ils sont amoureux de la fille du Proviseur. Rien de bien sérieux. Il est normal que les anciens de Sciences Po. et de l’ENA aient envie d’élire leur déléguée de classe. La cérémonie d’allégeance de Frangy-en-Bresse ? Pas de qui fouetter un chat. Ce n’est pas la première fois que les girouettes sont prises d’une sorte d’ivresse qui leur donne l’illusion qu’elles sont à l’origine du vent. Monsieur Montebourg a le je –m’en –fichisme élégant des courtisans multicartes. Il a défendu le non à la constitution européenne, s’est flatté de la victoire du de ce « non ». Mais les affaires étant les affaires, et comme il s’agit de courir au secours de la victoire, il se rallie à une tenante en escarpins de l’euro-niaiserie. Monsieur Montebourg a sans doute ses raisons. Il est en proie à des obsessions constitutionnelles. La Sixième Constitution qu’il appelle de ses vœux ressemblerait à s’y méprendre, si elle voyait le jour, à la Troisième. Or Clémenceau qui avait tout compris aux institutions de son temps préconisait, lors de l’élection du Président de la République et pour garantir que ce dernier restât bien la potiche que les parlementaires souhaitaient qu’il fût, de voter pour le « plus bête ». Monsieur Montebourg aurait tort de ne pas suivre un exemple aussi prestigieux puisque manifestement il imagine qu’il y a quelque intérêt pour lui à jouer les habiles faiseurs de princes sans consistance.

Peillon, Drey, Montebourg, Boutih, Sapin, Bianco,Vauzelle, Queyranne, la liste des ralliés ne cesse de s’allonger. A côté de quelques vieux bellâtres qui craignent que leur heure ne soit définitivement passée, on compte à peu près tous ceux qui à un moment ou à un autre ont tenté de jouer les « énergumènes », tous ceux qui, après avoir animé un courant « forcément à la gauche du parti », après avoir joué les « Jeunes Turcs » et les Nouveaux Socialistes, ne voient plus guère de salut que dans un brutal recentrage. Leur calcul est simple : aux côtés d’un vieux politicien rompu à la manœuvre et parvenu à se forger quelques certitudes, ils n’ont aucune chance d’exister. Alors pourquoi ne pas faire la cour à la Madone de l’inexistentialisme ? Le parti socialiste, parti sans base, sans assise populaire, sans corps de doctrine est entré pour la énième fois de son histoire dans une longue nuit des « seconds couteaux ».

Derrière ces ralliements opportuns se cache une course aux places très ordinaire, sans doute. Ordinaire jusqu’à un certain point cependant, car il serait périlleux de méconnaître ce que cette course aux places a de furieusement moderne. Lorsque les partis politiques mobilisaient des adhérents, s’appuyaient sur une base populaire, rassemblaient des gens qui pour la plupart avaient de vraies professions, fastidieuses et prenantes, de vraies occupations qui les requéraient tout entiers, il allait de soi que les militants obscurs déléguaient à quelques permanents le soin de les représenter, de diriger le parti et d’assumer en son nom les fonctions éminentes auxquelles ils pouvaient être appelés. Chacun son métier en quelque sorte. Les meetings faisaient le plein, les rassemblements connaissaient une grande affluence, mais les équipes dirigeantes constituaient un groupe d’individus restreint que sa spécialisation rendait relativement étanche..
Le Parti Socialiste d’aujourd’hui présente un visage bien différent. Les grands rassemblements n’y ont plus cours, les meetings se déroulent devant des rangées de sièges dégarnies, les congrès ressemblent de plus en plus à des Assemblées Générales de petits actionnaires. Tous les militants y sont des prétendants. Il n’en est pas qui ne soient pas, si l’on y regarde bien, candidats à quelque chose : une mairie, un siège de conseiller général ou de conseiller régional, une circonscription, une fédération, la direction d’une officine culturelle, une place dans un cabinet, en attendant mieux, en attendant plus.
Tout le monde se tutoie, comme à l’Université, comme dans les salles de professeurs ou les salles de rédaction, comme entre anciens de la même école. Tout le monde y est du même monde, en somme. Tout le monde croit au Progrès qui seul peut justifier un tel mélange d’agitation et de désoeuvrement.
Les anciens ministres viennent faire la cour aux barons qui tiennent les régions, qui eux viennent débaucher de jeunes énarques pleins d’avenir mais sans véritable emploi, qui ne rêvent que de les supplanter. Les jeunes énarques pleins d’avenir mais sans véritable emploi viennent copiner avec les quasi-retraités de la fonction publique et les indéboulonnables du syndicalisme enseignant ou de l’action culturelle, qui eux viennent chercher un lot de consolation qu’on n’a cessé de leur promettre. Une telle atmosphère ne favorise pas l’émergence de forts tempéraments ni le goût pour les positions tranchées. Dans ces conditions, on ne s’étonnera pas que celle qui symbolise le mieux l’absence de caractère, qui entraîne dans son sillage le cœur de midinette des vrais naïfs et les arrière-pensées des petits malins puisse avoir autant de succès.

Michel RENDU

alain 23/08/2006 12:58

Bravo pour ce site qui a le courage de faire front aux lecheuses de la presse. Oui, c'est vrai que desirs d'avenir censure les messages des qu'ils ne sont pas conformes a la logique de madame et dire que l'on appelle ca de la democratie participative. Quant au programme PS, je crois qu'il n'y a que Strauss-Kahn pour reconnaitre qu'economiquement il ne tient pas la route. Ni sarko, ni sego la france a le droit d'avoir a choisir autre chose qu'entre la peste et le cholera

Arafoot 30/07/2006 03:59

...Si vous pensez que Jospin ferait mieux que Royal:
http://segoleneroyale.com///spoirs_d_la_gauch.jpg

hugo 27/07/2006 20:00

Manque d'humour la "boutin" de gauche!
Madame a fait condamner un jeune entarteur qui lui avait balancé une tarte à la fraise (perso j'aurais pas mis de fraises elle ne métite pas qu'on lui en mette).

Quelle conne. Les entartés sont nombreux, ceux qui ont porté plainte se comptent sur les doigts d'une main... On voit là la vraie nature de cette donneuse de leçons!

Hugo

DOM 20/07/2006 22:51

sego la charentaise, faut voir on est peut etre bien dedans les charentaises sont confortable