Ségolène et les prostituées
Féministe, Ségolène Royal ? La candidate sait en tout cas faire taire des femmes, si elles choquent l'idée qu’elle se fait de leur émancipation. L'exemple des prostituées
Ségolène Royal n’a pas besoin de rencontrer des prostituées pour parler d’elles et en leur nom. C'est sans doute ça, la "participation citoyenne" (sa dernière tarte à la crème). C’est aussi quelquefois sa façon de défendre les femmes.
Pour Ségolène, comme pour toutes les « abolitionnistes », les prostituées sont des victimes une fois pour toute. A quoi bon les écouter, puisqu'elles sont manipulées et ne savent pas ce qu'elles disent ? Pour Ségolène Royal "la prostitution est l'esclavage" (Paris-Match du 22 septembre 2005). Plus de discussion possible. Ou l'on prend le risque d'être aussitôt taxé d'esclavagiste ou de pervers.
En mai 2000, lors du grand show abolitionniste de l'Unesco à Paris, une cinquantaine de prostituées et de membres d'associations tels le Bus des femmes, le PASTT, Rubis, Cabiria... se pressaient aux portes du colloque pour dire leur désaccord. L’intitulé même du colloque auquel participait Sylviane Agacinski, philosophe (et femme de Lionel Jospin) avait de quoi choquer : " Peuple de l’abîme, la prostitution aujourd’hui " (oui, l’enfer n’est pas loin !.
Là encore, personne n’a voulu entendre ces prostituées. Sur la question de la prostitution, Ségolène, abolitionniste convaincue, conserve une rigidité aveugle. Celle même dénoncée par Elisabeth Badinter : " La conviction inébranlable des abolitionnistes radicales s'appuie sur une conception évolutive et normative de la sexualité" (31 juillet 2002 - Le Monde).
Pourtant, « l’expérience suédoise n’est pas très concluante » selon les mots même de Nicolas Sarkozy, qui partage avec elle ce même penchant répressif : Tous deux étant favorables à la pénalisation du client. La Suède, en effet - à l’exact opposé des Pays bas - a interdit la prostitution. Les résultats ne sont guère concluants : les lieux se sont déplacés, la lutte contre les réseaux s’est avérée inefficace et la protection des personnes n’a pas été davantage garantie.
Pour Ségolène Royal, aveuglée par ses principes et sa vision figée de l'émancipation de la femme, tout échange sexuel à caractère onéreux s’apparente nécessairement à l’exploitation, à l’esclavage. Une façon radicale de court-circuiter le débat et de nier l’existence – certes très dérangeante pour certaines féministes radicales comme les Chiennes de garde – de femmes (minoritaires sans doute et également de nombreux hommes) qui ont fait ce choix.
L’immoralité réside bien plus dans l’absence totale de protection juridique de ces prostituées, raquettées par le fisc, par la police (jusqu’à 900 euros d’amende) et sans aucune contrepartie de la part de l’Etat, devenu "maquereau" (pas d’assurance accident du travail, de retraite, d’allocations chômage…). S'il est nécessaire de démanteler le réseaux de prostitution (plutot que de faire la chasse aux prostituées, encore stigmatisé(e)s, privé(e)s de leurs droits sociaux et juridiques les plus élémentaires par la Loi de sécurité intérieure des délinquant(e)s, oeuvre de Nicolas Sarkozy), il est aussi important de respecter le voeu de celle qui choisissent de rester dans la prostitution.
Entre l'abolitionnisme et le réglementarisme des maisons closes proposé par Françoise de Panafieu, une autre voie est possible : celle de la reconnaissance du métier de prostituée et de son libre exercice. « Le seul moyen de mettre fin à l'exclusion dont sont victimes les prostitué(e)s est d'octroyer à la prostitution le caractère de profession à part entière » écrit Daniel Borrillo, juriste, maître de conférences à l'université de Paris-X et chercheur associé au CNRS. Il est temps de sortir enfin de cette hypocrisie qui nous fait interdire la prostitution par le biais du racolage, sans pour autant la déclarer illégale. YB
Débat à l'assemblée sur la pénalisation des clients (Ségolène cite l'exemple de la Suède. Rejointe par Christine Boutin qi plus fort, propose d'imposer aux clients un "traitement médical ou pschologique").
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Parole de pute. La pénalisation fait crever.